Workshop PRODISS – iSSUE « Sûreté des manifestations et salles de spectacles »

A la demande du PRODISS, Syndicat français des entrepreneurs de spectacles, Pascal Viot et Yvan Ripich ont, pour le compte d’iSSUE, organisé et animé un workshop sur le thème « Sûreté des manifestations et des salles de spectacles », les 12 et 13 février 2018 à Paris. Ce workshop a connu une belle affluence, rassemblant une trentaine de participants : représentants de festivals (Main Square Arras, Rock-en-Seine, Les Vieilles Charrues, Interceltique de Lorient, …), exploitants de salles de spectacles (Olympia, Mogador, Zéniths, Halle Tony Garnier, Salle Pleyel,…), organisateurs d’événements (NRJ Music Awards, Foire aux Vins de Colmar,…) ou responsables de la sécurité de stades de football (Stade de France, Stade Vélodrome de Marseille,…).

Plus de 2 ans après la nuit du 13 novembre 2015 où se sont produites les attaques contre le Stade de France et le Bataclan, qu’en est-il de la sécurité des manifestations et salles de spectacle en France? Ces événements tragiques, qui ont constitué un véritable traumatisme collectif dans toute la population, ont-il permis aux organisateurs d’améliorer leur niveau de sécurité? Quelles mesures préventives ont été prises et comment évaluer leur efficacité? Sommes-nous davantage en sécurité aujourd’hui avec de telles mesures? Les organisateurs ont-il fait ce qui était attendu ou ce qui était adapté ? Quelle différence peut-on faire entre « feeling safe » (se sentir subjectivement en sécurité) et « being safe » (être objectivement en sécurité)?  Le besoin impératif de rassurer n’a t’il pas généré une situation où la sécurité est davantage un objet de discours dans une stratégie de communication qu’un réel sujet d’analyse et de traitement ? Pire encore, ne sommes nous pas en train – par excès de vitesse – de générer des dangers supplémentaires (congestions en amont des points de contrôle, blocs en béton sur des voies d’évacuation, agents armés en contexte de foule,…)  ?

Afin de tenter de répondre à ces questions et imaginer les stratégies futures de sécurisation des manifestations et salles de spectacles à la lumière de ce bilan critique, les experts d’iSSUE ont sollicité un panel d’orateurs de grande qualité:

  • Laurent Obach, Directeur technique du Festival Rock-en-Seine est venu s’exprimer sur le difficile mais nécessaire équilibre entre mesures de contrôle à des fins de sûreté et enjeux de gestion des flux de la foule, en particulier en phase d’arrivée des spectateurs pour ce festival de 40’000 personnes situé au Parc de St-Cloud, au coeur de Paris.
  • Christian Defourneaux, Directeur de la société Falcon Security, a évoqué la tension générée par la présence de chefs d’Etats lors d’un congrès médical international organisé en octobre 2016 au Palais des Congrès à Paris. Dans un contexte de risque terroriste élevé, les exigences protocolaires d’un côté et les contingences liées à l’organisation d’une manifestation de plus de 3’000 participants de l’autre n’ont pu être accordées qu’au terme d’une négociation pragmatique entre principes de sécurité et objectif de tenue de la manifestation selon le programme prévu.
  • Coralie Barael, Directrice de la salle Forest National à Bruxelles, a pour sa part livré un témoignage d’une rare intensité sur le concert de The Rudimental qui s’est tenu le 20 novembre 2015 au cours duquel les organisateurs ont été alertés d’une menace imminente d’attaque ciblée sur le concert en question, préalable à ce qui a ensuite été appelé le « lockdown de Bruxelles » où pendant 6 jours les écoles, les commerces et les transports en commun de la ville ont été fermés.
  • Jérôme Tréhorel, Directeur général du festival Les Vieilles Charrues, a eu l’occasion de présenter la stratégie et les mesures mises en place pour garantir la sécurité des 280 000 festivaliers qui fréquentent cette manifestation située au coeur de la Bretagne dans un environnement rural. La réflexion sur la nécessité de contrôler les personnes mais aussi de garantir la fluidité des spectateurs a incité les organisateurs à mettre en place 3 entrées au lieu d’une seule initialement pour « diluer le risque ».

Au terme de ces deux jours de discussions, plusieurs éléments forts sont ressortis des débats:

  1. Qu’il s’agisse de salles de spectacles ou de manifestations en plein air, les spectateurs doivent pouvoir entrer et sortir dans les meilleures conditions de sécurité possibles. Il convient donc d’optimiser les flux, de façon à limiter les attroupements de personnes devant les points de contrôle.
  2. Les mesures de contrôle doivent impérativement être pensées en lien avec un plan de gestion de foule, qui anticipe les flux prévisibles aux entrées et sorties en fonction du profil des spectateurs (âge, type de public, provenance, comportements attendus, etc.).
  3. Il convient de repenser la question des périmètres et des responsabilités respectives des organisateurs et de l’autorité publique, dans une logique de co-production de la sécurité entre public et privé, en réfléchissant à des points de contrôle en périphérie des périmètres.
  4. Un chantier s’ouvre qui va amener les acteurs de la sécurité des manifestations à repenser en profondeur les stratégies et les dispositifs mis en place. Ceci va nécessiter de revoir la « boite à outils » de mesures de sécurité de façon à les adapter au nouveau contexte.
  5. Aucune de stratégie simple, dogmatique ou isolée n’est possible. Les nouveaux enjeux propres à notre époque obligent les organisateurs à se mettre en réseau pour constituer de nouveaux savoirs et développer des compétences qui déboucheront sans doute dans le futur sur de nouveaux métiers.