« SECURITY: ROCK AND A HARD PLACE », conférence à Londres sur le risque terroriste dans l’événementiel

Quelle est la prochaine étape pour une industrie de l’événementiel qui souffre encore des attaques terroristes survenues au cours des deux dernières années? Cinq experts ont discuté du sujet à l’occasion de l’International Live Music Conférence (ILMC) à Londres le 8 mars 2018.

L’année dernière, il y a eu 4,3 millions d’événements organisés en Europe et vous pouvez compter le nombre d’attaques sur les doigts d’une main, a rappelé Chris Kemp, Chairman de la conférence et CEO de Mind Over Matter Consulting (UK). « Mais l’impact sur nous a été énorme ».

Tony Duncan, responsable de la sécurité de U2, a expliqué que le groupe réalisait un film non loin du Bataclan lorsque les attaques ont eu lieu. « Nous avons dû non seulement procéder à l’évacuation des artistes, mais aussi des 100 membres du staff et de l’équipe de tournage de HBO », a-t-il déclaré, expliquant qu’une bonne planification et une bonne chaine de commandement étaient essentielles au succès de telles actions. « Sur le moment, l’artiste a soudainement vu son équipe de sécurité passer d’une attitude affable et polie à un ton très abrupt et directif. Nous avons dû faire les choses très rapidement et efficacement ». Selon lui, « les artistes ne réagissent pas toujours de façon positive quand vous leur dites quoi faire sans aucune explication. Et ils veulent souvent utiliser immédiatement les médias sociaux pour communiquer. Mais ce n’est pas toujours la meilleure chose à faire ».

À la suite de leur expérience, il a déclaré qu’un ensemble de procédures avait été élaboré entre les artistes et leur staff de sécurité pour être plus rapides et plus efficaces dans des situations de ce type. Ils ont maintenant instauré un nom de code qui, s’il est utilisé, signifie que les membres du groupe ne discutent pas, appliquent les consignes de sécurité prévues et limitent leur usage des médias sociaux.

Pascal Viot du Paléo Festival (Suisse) a déclaré que les attentats du Bataclan et de Manchester ont confronté les organisateurs d’événements à des problèmes inattendus. La pression à agir les a amené à mettre en place des mesures immédiates pour rassurer les foules. Mais, a-t-il averti, nous devons nous rappeler de ne pas nous concentrer sur la dernière méthode d’attaque, au détriment de la préparation à d’autres modes opératoires.

« Un niveau élevé de contrôle à l’entrée des événements crée immanquablement une congestion, ce qui en fait une cible facile », a-t-il déclaré. Il a ajouté: « Les festivaliers n’ont pas besoin de tout savoir sur notre stratégie. Nous devons réduire le niveau d’anxiété et rendre pour cela les mesures antiterroristes moins visibles ».

Mark Logan de la société de sécurité de sécurité britannique Showsec a déclaré: « En tant que professionels de la sécurité, nous avons été très réactifs après ce qui s’est passé à Manchester. Nous avons démarré à 100 à l’heure pour faire quelque chose et montrer aux acheteurs de billets qu’ils sont en sécurité. Mais je ne suis pas certain que ces stratégies élaborées dans l’urgence soient viables sur le long terme, notamment à cause de leur impact sur le confort des clients et les finances des organisateurs. « Les promoteurs doivent montrer aux clients qu’il est sûr d’aller aux concerts, mais ne pas aller au-delà, au risque d’effrayer inutilement les gens. »

« NOUS DEVONS RÉDUIRE LE NIVEAU D’ANXIÉTÉ ET RENDRE POUR CELA LES MESURES ANTITERRORISTES MOINS VISIBLES » (PASCAL VIOT, PALEO FESTIVAL)

Coralie Berael, de la Forest National Arena en Belgique, a raconté son expérience en lien avec la menace d’attentat terroriste à Bruxelles en novembre 2015, quelques jours après le Bataclan. Elle a déclaré que la police les avait prévenus avant le concert que le risque d’attaque était élevé dans le périmètre de la ville. Le groupe programmé ce jour-là a entendu parler de ce risque élevé et ne voulait plus jouer, mais les organisateurs ont réussi à les persuader de monter sur scène. Vers la fin du concert, toute la ville de Bruxelles est entré en « lockdown » (rues bloquées, transports publics arrêtés pour favoriser les opérations de police), et la salle a été considérée comme la cible possible d’une attaque imminente.

« Nous avons appris de cette expérience qu’il est important d’être à notre affaire sur ces questions. D’avoir un plan de sécurité qui prenne en compte de telles situations. Et que tous les membres de l’organisation connaissent ce plan. Mais l’élément clé est la  relation de confiance que nous avons crée avec la police et la façon dont nous communiquons efficacement les uns avec les autres », a-t-elle déclaré.

« Nous utilisons entre nous différents styles de communication dans notre collaboration, allant du style militaire à la simple transmission d’information, en passant par la persuasion et la discussion argumentée. » Son conseil: Planifiez à l’avance quoi dire et comment le dire dans différents contextes.

Elle a également mentionné qu’elle avait reçu de bons conseils d’un avocat et d’un expert en assurance: « quand vous devez prendre des décisions rapides dans des cas extrêmes, il se peut qu’il n’y ait pas de procédure prévue. Vous ne pouvez pas dire ‘je vous enverrai un e-mail’. Nous avons appris à nous concerter davantage pour favoriser un bon processus de prise de décision en cas d’urgence. « 

Andy Smith, de l’unité antiterroriste de la police des West Midlands, a expliqué à la salle qu’il est important de souligner que nul lieu n’est à l’abri de la possibilité d’une attaque. « De manière réaliste, cela risque de se reproduire. Nous ne savons pas où, comment ou quand. Nous serions naïfs de penser autrement. Vous ne pouvez pas deviner les pensées des groupes terroristes. « 

Une des meilleures choses que vous pouvez faire est d’avoir du personnel de qualité, conseille-t-il. « Beaucoup de choses dépendent de l’attitude et de la qualité du personnel que vous utilisez. Ils font une énorme différence. Voulez-vous qu’ils soient utiles? Oui bien sûr. Devraient-ils être polis? Oui. Mais vous voulez aussi qu’ils soient capables de réagir en cas d’urgence. « 

Quel impact ont eu les attentats sur les artistes et leurs demandes en matière de sécurité ?, a demandé Chris Kemp aux experts présents.

Coralie Berael a déclaré que les artistes américains étaient aujourd’hui terrifiés à l’idée de jouer à Bruxelles, expliquant qu’ils demandaient à disposer d’une véritable petite armée en charge de la sécurité. Il est dès lors fondamental de pouvoir expliquer la logique et la cohérence des mesures de sécurité prévues par l’organsiateur.

Tony Duncan a finalement déclaré: « Je m’assure que les organisateurs me communiquent leur stratégie et qu’ils fassent, avant l’événement, une planification et une préparation efficace des mesures de sécurité. Cela me permet de mettre à l’aise les artistes ».

 

Traduit et adapté de l’anglais

Source: https://www.iq-mag.net/2018/03/ilmc-30-security-rock-hard-place/#.WqJ9eGadwWp